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Mon livre de recettes

Écrire une recette que quelqu'un d'autre saura refaire

Carnet ouvert sur une liste d'ingrédients pesés et des étapes numérotées

Écrire une recette consiste à noter, dans l'ordre, les ingrédients et leurs quantités, les ustensiles nécessaires et les étapes de préparation, avec assez de précision pour qu'une autre personne obtienne le même plat. Trois blocs suffisent, et chacun répond à une question différente.

Grammes, verbes et durées pour une recette claire

  • Une recette de cuisine doit répondre à trois questions : avec quels ingrédients et quels ustensiles, comment procéder, et pendant combien de temps.
  • Les quantités précises s'écrivent en grammes et en millilitres : le verre et la pincée changent d'une maison à l'autre.
  • Chaque étape porte un verbe de cuisine, une durée et un indice visuel : le temps de cuisson seul ne dit pas quand le plat est prêt.
  • Une fiche recette utile se teste : on la fait cuisiner par une personne qui n'était pas là.

Voici comment écrire une recette de cuisine, pour une fiche recette, un blog ou un livre de recettes, avec des instructions claires et des ustensiles nommés. La différence entre une recette qui marche et une recette qui vexe tient rarement à la cuisine elle-même : elle tient à ce qui est resté dans la tête de celui qui l'a écrite, un four préchauffé une demi-heure plus tôt, un temps de cuisson approximatif, un geste que personne n'a nommé.

Les trois blocs d'une recette

Une recette de cuisine est un type de texte à part : elle ne raconte pas, elle donne des instructions claires, dans un ordre qui ne se discute pas. Sa structure est stable depuis des siècles et tient en trois blocs.

L'en-tête porte le titre du plat, le nombre de parts, le temps de préparation, le temps de cuisson et, quand il y a lieu, le temps de repos. Ce dernier est celui qu'on oublie le plus souvent, alors qu'il décide de l'organisation : une pâte qui repose deux heures ne se lance pas à midi moins le quart.

La liste des ingrédients vient ensuite, dans l'ordre d'utilisation, chaque ligne portant une quantité chiffrée. On y ajoute le matériel nécessaire dès qu'il sort de l'ordinaire : un moule d'un diamètre donné, un thermomètre, un batteur. Les ustensiles de cuisine courants n'ont pas à être listés, mais un moule de 22 cm et un moule de 28 cm ne donnent pas le même gâteau.

Les étapes de préparation ferment la recette. Numérotées, une action par étape, à l'infinitif ou à l'impératif mais sans mélanger les deux. Trois lignes valent mieux qu'un paragraphe où l'on cherche où l'on en est, les mains pleines. C'est ce découpage que l'on retrouve dans les outils pour créer un livre de recettes, où chaque champ correspond à un de ces blocs.

Un quatrième bloc, facultatif, gagne à être ajouté : la note de dégustation. Elle dit avec quoi servir le plat, comment le conserver et combien de temps, et c'est l'endroit des conseils et des variantes que vous avez testées. Cette note ne change rien à la réalisation, mais elle est souvent ce qui distingue une recette de famille d'une recette recopiée, et personne d'autre que vous ne peut l'écrire.

Chiffrer les quantités : ce qui se pèse, ce qui s'estime

C'est ici que se joue la reproductibilité. Une quantité écrite en unités de ménage suppose que l'autre possède les mêmes ustensiles, ce qui n'arrive jamais. Un verre à moutarde tourne autour de 20 cl mais le modèle voisin en fait 25. Une tasse à déjeuner en fait le double d'une tasse à café. Une pincée est de l'ordre du gramme chez l'un et du triple chez l'autre.

Les équivalences qui rendent service

Les mesures en volume restent commodes pour les liquides et les poudres à faible enjeu. Il faut donc les convertir une fois pour toutes, et préciser si la cuillère est rase ou bombée.

MesureVolumeOrdre de grandeur en poids
Cuillère à café5 ml5 g de sucre, 3 g de farine
Cuillère à soupe rase15 ml15 g de sucre, 8 à 10 g de farine
Verre à moutarde20 cl environ200 g d'eau, 120 g de farine
Œuf calibre moyen-53 à 63 g avec coquille, environ 50 g sans

Les calibres d'œufs sont définis à l'échelle européenne : petit sous 53 g, moyen de 53 à 63 g, gros de 63 à 73 g, très gros au-delà, coquille comprise. L'écart entre un petit et un très gros dépasse 40 % du poids, ce qui se voit immédiatement dans une pâte à crêpes ou une mousse. Écrire « 3 œufs moyens » plutôt que « 3 œufs » coûte deux mots et supprime la question.

Les mots qui ne veulent rien dire

Quelques formules reviennent partout et ne transmettent aucune information : un filet d'huile, une noix de beurre, un peu de lait, assaisonner à convenance. Elles ne sont pas fautives quand l'enjeu est nul, elles le deviennent dès qu'elles portent sur la structure du plat. Le sel d'une pâte à pain, la levure d'un gâteau, la gélatine d'une crème se pèsent au gramme, sans exception.

Un exemple de ligne réécrite

Voici une ligne d'ingrédients telle qu'on la trouve souvent dans un carnet de famille : du chocolat, du beurre, un peu de sucre et de la vanille. Réécrite pour être refaisable, elle devient une liste chiffrée : 200 g de chocolat noir à 55 %, 100 g de beurre doux, 80 g de sucre en poudre, 1 cuillère à café d'extrait de vanille, 3 œufs moyens. La matière grasse est nommée, le pourcentage de cacao aussi, et la quantité de sucre ne dépend plus du goût de celui qui a écrit. Rien n'a été ajouté au plat, seulement à sa description.

Durées, températures et modes de cuisson

Une durée seule ne suffit jamais, parce qu'elle dépend d'un matériel qu'on ne connaît pas. Le mode de cuisson se précise donc à chaque fois : chaleur tournante ou chaleur de sole et voûte, la première cuisant plus vite, ce qui conduit en général à baisser la consigne de 10 à 20 °C par rapport à la seconde. Les fours anciens se règlent encore au thermostat, où chaque unité vaut environ 30 °C : le thermostat 6 correspond à 180 °C.

Sur le feu, le vocabulaire est encore plus flou. « Feu doux » ne désigne rien de mesurable, et la même plaque à induction ne se comporte pas comme un brûleur à gaz. La parade tient en une phrase : accompagner chaque durée d'un indice sensoriel. On ne fait pas revenir des oignons « cinq minutes », on les fait revenir « cinq minutes, jusqu'à ce qu'ils deviennent translucides sans colorer ». La durée donne le rythme, l'indice donne la vérité.

Cet usage des indices sensoriels vaut aussi pour la pâtisserie : une lame qui ressort sèche, un bord qui se décolle, une couleur de caramel blond. Pour faire fondre le chocolat noir au bain-marie, on précisera que le fond du récipient ne touche pas l'eau, ce qui est exactement le genre de détail qui reste dans la tête de celui qui écrit.

Le vocabulaire de cuisine : nommer le geste

Le français culinaire dispose d'un vocabulaire spécifique dont chaque verbe décrit un geste précis, et l'employer raccourcit la recette autant qu'il la clarifie. Blanchir, saisir, réduire, napper, chemiser, monter, détendre, dégazer, torréfier : un mot remplace une phrase entière, à condition que le lecteur le connaisse.

La règle qui fonctionne est de garder le verbe technique et de le désamorcer la première fois qu'il apparaît, entre parenthèses ou dans une note de bas de recette. « Chemiser le moule (le beurrer puis le fariner) » se lit sans effort et apprend quelque chose. Un lexique des ustensiles et des gestes, placé en début d'ouvrage, rend le même service dans un livre de cuisine monté page par page.

Deux pièges reviennent souvent. Le premier est de nommer une intention plutôt qu'une action : « faire attention à ne pas trop travailler la pâte » ne dit pas quoi faire, « mélanger vingt secondes, jusqu'à ce que la farine disparaisse » le dit. Le second est de changer de nom en cours de route, l'appareil devenant la préparation puis le mélange : trois mots pour une seule chose, et le lecteur cherche.

Fiche recette, vocabulaire et éléments indispensables

Comment rédiger une recette facilement ?

En cuisinant le plat une fois de plus, carnet ouvert, et en notant chaque geste au moment où on le fait. Écrire de mémoire produit toujours une recette incomplète, parce que les gestes automatiques ne remontent pas.

Quels sont les éléments d'une recette ?

Un titre, le nombre de parts, les temps de préparation, de cuisson et de repos, la liste des ingrédients avec des quantités chiffrées, le matériel nécessaire s'il sort de l'ordinaire, puis les étapes numérotées.

Comment faire une fiche recette ?

Une fiche recette tient sur une page et sépare visuellement les trois blocs : en-tête, ingrédients dans une colonne étroite, étapes dans une colonne large. Ce format se relit d'un coup d'œil pendant la préparation.

Comment utiliser le vocabulaire de cuisine ?

En gardant le verbe technique parce qu'il est précis, et en l'expliquant la première fois qu'il apparaît. Un lexique en début d'ouvrage dispense de le répéter à chaque recette.

Quelles astuces pour écrire une recette inratable ?

Chiffrer tout ce qui touche à la structure du plat, accompagner chaque durée d'un indice visuel, et faire tester la recette par quelqu'un qui ne l'a jamais vue faire.

Faire une fiche recette et la mettre en page

La mise en page n'est pas un ornement : elle décide de la lisibilité au moment où l'on a les mains occupées. Les ingrédients gagnent à occuper une colonne étroite à gauche ou en tête, les étapes une colonne large, avec un interligne généreux et un caractère assez grand pour se lire à cinquante centimètres. Une photographie du résultat, même simple, sert de point de comparaison ; les repères pour photographier ses plats sans matériel valent aussi pour une fiche destinée à rester dans la cuisine.

Vient ensuite le choix du support. Une fiche recette au format PDF se télécharge, s'imprime et se remplace quand elle est tachée : c'est un document que l'on abandonne sur le plan de travail sans regret, et c'est la solution la plus commode pour un usage quotidien. Un livre relié se justifie dès que le nombre de recettes dépasse la trentaine, et il suppose alors de classer ses recettes par chapitres et de prévoir un index. Un blog culinaire ajoute la recherche et les commentaires, au prix d'un écran allumé au-dessus du plan de travail.

Une vidéo, elle, ne remplace pas une recette écrite, et l'inverse est vrai aussi. La vidéo montre le geste, ce qu'aucun texte ne fait bien : la consistance d'une pâte, l'inclinaison d'une casserole, le moment exact où l'on arrête de fouetter. Le texte se relit à la ligne où l'on s'est interrompu, ce qu'une vidéo oblige à chercher. Les deux se complètent, et la compréhension vient souvent d'une image fixe du résultat placée à côté des étapes plutôt que d'un film entier.

Le test qui vaut toutes les relectures

Une recette relue par son auteur est toujours parfaite : il comble les trous sans s'en apercevoir. Le seul contrôle qui fonctionne consiste à la donner à quelqu'un d'autre, à ne rien dire, et à regarder où cette personne s'arrête. Les questions qu'elle pose sont exactement les étapes que vous aviez gardées dans la tête.

Le choix du lecteur compte autant que le test lui-même. Un cuisinier expérimenté comble les manques sans même les signaler, parce qu'il sait déjà ce qu'il faut faire ; un débutant, ou un enfant à qui l'on fait cuire le plat, bute dessus et rend le défaut visible. C'est donc le second qu'il faut faire lire, et c'est grâce à lui que la recette devient utilisable par tout le monde.

Trois manques ressortent presque à chaque fois : le four qu'on n'avait pas dit de préchauffer, l'ingrédient sorti du réfrigérateur à l'avance, et la taille du récipient. Ils ne se voient pas à la lecture parce qu'ils précèdent la première étape.

Reste la question de l'origine. Si la recette vient d'ailleurs, la reprendre est possible : la liste des ingrédients et la suite des gestes ne sont pas protégées, contrairement au texte qui les met en forme et aux photographies. C'est toute la distinction entre l'idée et sa forme, détaillée dans notre page sur ce que protège le droit d'auteur en cuisine. Écrite avec vos mots et vos mesures, la recette devient la vôtre, et surtout elle devient refaisable.

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